Vue nocturne de la route du volcan serpentant vers le Piton de la Fournaise à La Réunion
Publié le 12 mars 2024

Pour tout conducteur anxieux face à la route du Volcan, l’idée de partir en pleine nuit peut sembler contre-intuitive. Pourtant, c’est la seule stratégie qui transforme les pires contraintes – la foule, le brouillard et le stress du stationnement – en de véritables avantages. En adoptant une logique de contre-flux, vous ne subissez plus la route : vous la maîtrisez, garantissant une arrivée sereine au lever du soleil, avec un cratère parfaitement dégagé et une place de parking qui vous attend.

L’ascension du Piton de la Fournaise est un incontournable à La Réunion. Mais pour beaucoup, l’expérience est synonyme d’angoisse : la peur de se retrouver coincé dans les embouteillages après la Plaine des Cafres, l’appréhension des virages dans un brouillard à couper au couteau, et la hantise de devoir se garer à des kilomètres du but. Le conseil que tout le monde donne, c’est de « partir tôt ». Mais ce conseil est une platitude dangereuse. Partir à 6h du matin de la côte, c’est déjà trop tard. Vous rejoignez la vague, vous ne l’évitez pas.

Le véritable secret, celui des habitués et des photographes, ne réside pas dans un départ matinal, mais dans une expédition nocturne planifiée. Il ne s’agit pas simplement de décaler son réveil, mais d’adopter une stratégie de conduite en « contre-flux » total. Rouler quand les autres dorment, arriver quand le parking est vide, et être aux premières loges pour le spectacle du lever de soleil sur l’Enclos Fouqué, bien avant que la fameuse « mer de nuages » ne vienne tout gâcher. Si la véritable clé n’était pas de subir la foule en partant un peu plus tôt, mais de la rendre totalement inexistante en partant beaucoup plus tôt ?

Cet article n’est pas un guide touristique classique. C’est la feuille de route d’un chauffeur expérimenté pour vous approprier la montée au Volcan. Nous allons décortiquer l’erreur de timing fatale, comprendre la mécanique implacable du brouillard, détailler la conduite de nuit sur la route forestière, et vous donner les clés pour gérer les défis du retour, de la piste en terre aux fringales d’altitude.

L’erreur de timing qui vous empêchera de voir le cratère du Piton de la Fournaise dégagé

L’erreur la plus commune, et la plus frustrante, est de sous-estimer le temps de trajet et la vitesse à laquelle la météo se dégrade en altitude. Penser qu’un départ à 7h de Saint-Gilles suffit est le meilleur moyen de passer 2 heures dans les bouchons pour finalement arriver devant un mur de nuages. Le Volcan est une course contre la montre, et cette course est encore plus intense les jours de forte affluence ou d’éruption. Croyez-en un habitué, voir des familles arriver au Pas de Bellecombe à midi, épuisées, pour ne voir qu’un brouillard opaque est un spectacle désolant.

Le timing n’est pas une option, c’est la clé de voûte de toute l’expédition. Les jours d’éruption, la situation devient critique. Des témoignages récents montrent que la montée peut prendre des proportions dantesques. Lors de l’éruption de janvier 2025, certains visiteurs ont mis entre 5 et 6 heures pour atteindre le site. Une spectatrice partie de Saint-Gilles à 22h, pensant prendre une large avance, a déjà rencontré d’importants embouteillages. C’est la preuve que même la nuit, sans une stratégie précise, on peut se faire piéger par l’effet de masse.

L’objectif n’est pas seulement d’arriver, mais d’arriver au bon moment. Ce moment, c’est le créneau entre le lever du soleil (vers 6h) et 9h du matin. C’est votre fenêtre de visibilité maximale. Chaque minute passée dans votre voiture après 7h30 sur la route du Volcan est une minute de visibilité que vous perdez sur le cratère. C’est une loi quasi immuable là-haut.

Pour éviter de tomber dans ce piège classique, il est crucial de comprendre l'implacable mécanique du timing au Volcan.

Pourquoi le Pas de Bellecombe disparaît-il dans la brume à 11h précises ?

Le fameux « mur blanc » qui engloutit le paysage n’est pas un hasard. C’est un phénomène météorologique quasi-mécanique, lié au réchauffement diurne des pentes du volcan. Le matin, l’air frais et sec garantit une visibilité parfaite. Mais à mesure que le soleil monte et chauffe les versants Est, il provoque une évaporation et une ascension de l’humidité venue de l’océan. Ces masses d’air humide se condensent en altitude et forment les nuages qui remontent les remparts. C’est une véritable marée nuageuse qui monte inexorablement.

Cette « marée » atteint généralement le Pas de Bellecombe autour de 11h. Ce n’est pas une science exacte à la minute près, mais c’est un point de repère d’une fiabilité redoutable. Comme le rappelle souvent Aline Peltier, la directrice de l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF), il est impératif de consulter la météo, car le temps se couvre très vite. Une étude des conditions moyennes montre que c’est bien aux alentours de 11h que la couverture nuageuse devient critique au Pas de Bellecombe.

Mer de nuages envahissant progressivement le Pas de Bellecombe au Piton de la Fournaise

Comprendre ce phénomène, ce n’est pas juste une information anecdotique, c’est un avantage stratégique. Cela signifie que votre objectif n’est pas d’arriver « le matin », mais d’arriver impérativement avant 9h pour vous laisser une marge confortable de 2 heures de contemplation et de petite randonnée. Partir de nuit n’est donc pas un caprice, c’est la seule façon de gagner cette course contre la montre et de s’assurer que les efforts de la montée seront récompensés par un spectacle grandiose, et non par une vue sur le coton.

Comment conduire sur la route du Volcan de nuit pour arriver à l’aube ?

Conduire de nuit sur une route de montagne inconnue est la source d’anxiété numéro un. Mais la route du Volcan est paradoxalement plus simple de nuit que de jour en plein brouillard. Moins de trafic, pas de cyclistes à doubler, et une concentration maximale. Voici la méthode d’un pro. Votre principal ennemi n’est pas la route elle-même, mais le manque de préparation. Une montée nocturne réussie commence par une checklist rigoureuse avant de quitter la côte.

La première règle d’or est logistique : faites le plein d’essence à la Plaine des Cafres. C’est la dernière station-service avant la grande solitude. Une fois passé Bourg-Murat, vous entrez sur la route forestière. Activez vos feux antibrouillard, non pas pour un brouillard qui n’est pas encore là, mais pour être mieux vu. Maintenez une vitesse modérée, autour de 40 km/h. La nuit, les virages semblent plus serrés, anticipez-les. Un petit coup d’appel de phare avant un virage sans visibilité est une bonne habitude pour signaler votre présence à un éventuel autre lève-très-tôt. Le respect est primordial : une fois arrivé au parking, coupez moteur et feux immédiatement pour ne pas déranger les photographes et astronomes déjà installés.

La préparation concerne aussi les passagers. Une montée rapide en altitude, de nuit, avec peu d’équipement, est une recette pour l’échec. Une spectatrice lors d’une éruption en témoignait, pleine de regret :

On est monté rapidement dans la nuit avec juste des savates, on a mis plus d’une heure et demie de marche pour atteindre le point de vue.

– Spectatrice au Piton Partage, La1ere.fr

Pour planifier précisément votre départ, voici un tableau de marche basé sur une arrivée cible à 6h00 au Pas de Bellecombe, ce qui vous donne la meilleure lumière et un parking vide.

Comparaison des horaires de départ selon la provenance
Point de départ Heure de départ conseillée Durée du trajet Arrivée estimée
Saint-Denis 3h30 2h30 6h00
Saint-Gilles 4h00 2h00 6h00
Saint-Pierre 4h30 1h30 6h00
Le Tampon 5h00 1h00 6h00

Comment trouver une place au parking du Volcan sans tourner pendant 30 minutes ?

Le parking du Pas de Bellecombe est le goulot d’étranglement final. Il est relativement petit et sa saturation est la source de tensions et de manœuvres dangereuses. Arriver après 8h30 un week-end ou en période de vacances scolaires, c’est la quasi-certitude de devoir se garer très loin le long de la piste, ajoutant une marche d’approche non négligeable et peu agréable dans la poussière des voitures qui passent.

La stratégie est simple et découle de tout ce que nous avons dit : la stratégie du « contre-flux » nocturne. En arrivant entre 5h30 et 6h30, non seulement vous aurez le choix des places, mais vous pourrez vous installer tranquillement, préparer votre sac et votre café face au lever du soleil. C’est un luxe qui change toute l’expérience. C’est la récompense ultime de l’effort de la montée de nuit.

Parking saturé du Pas de Bellecombe avec voitures garées le long de la route volcanique

Si, malgré tout, vous êtes contraint à un départ plus tardif, il existe deux alternatives. La première est de viser le parking Foc-Foc, situé environ 2 kilomètres avant le Pas de Bellecombe. Il est plus grand et souvent moins rempli. Il vous faudra cependant marcher sur une portion de sentier (parallèle à la route) pour rejoindre le point de vue, ce qui ajoute environ 20-25 minutes de marche. La deuxième « stratégie », plus risquée, est d’utiliser les zones de stationnement « tolérées » le long de la piste de la Plaine des Sables. Attention cependant à ne jamais gêner la circulation, car les véhicules de secours doivent pouvoir passer à tout moment.

Pourquoi la Plaine des Sable est-elle une piste en terre battue et non du bitume ?

Après le Pas des Sables, le bitume s’arrête brusquement et laisse place à une piste de scories rougeâtres. Beaucoup de conducteurs s’interrogent : pourquoi ne pas goudronner cette portion pour plus de confort ? La réponse tient en deux mots : préservation et respect. La Plaine des Sables n’est pas un simple champ de cailloux, c’est un paysage volcanique d’une fragilité et d’une beauté exceptionnelles, souvent comparé à un paysage martien.

Ce site fait partie intégrante du cœur du Parc National de La Réunion, un territoire classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2010. Le choix de conserver une piste en terre battue (ou plus exactement, en graton) est une décision délibérée pour minimiser l’impact humain sur cet écosystème unique. Le bitume dénaturerait complètement l’aspect lunaire et l’authenticité du lieu. Rouler sur cette piste, c’est déjà commencer l’immersion dans un autre monde. C’est une transition nécessaire entre la civilisation et la nature brute du volcan.

Cette nature a un prix pour la mécanique et le confort. La piste est célèbre pour ses « tôles ondulées » et ses nids-de-poule. Il est absolument impossible de rouler vite. Les derniers kilomètres jusqu’au parking final se font à très faible allure. D’ailleurs, il est difficile de rouler à plus de 20 km/h sur les 3 derniers kilomètres avec une voiture de location classique sans secouer tout l’habitacle. Il faut prendre son mal en patience, considérer cela comme une partie de l’aventure et admirer le paysage grandiose qui se dévoile. C’est le péage naturel pour accéder à un tel spectacle.

Que faire si le brouillard tombe d’un coup sur la route du retour ?

C’est la peur la plus légitime, surtout lors de la redescente en fin de matinée ou début d’après-midi. Le brouillard au Volcan peut tomber avec une rapidité déconcertante, réduisant la visibilité à quelques mètres en quelques minutes. La panique est le pire ennemi dans cette situation. Le mot d’ordre est : calme et procédure. Ne tentez jamais de rouler vite pour « sortir du brouillard », c’est le meilleur moyen de finir dans le décor ou de percuter un autre véhicule.

La première action est d’allumer immédiatement vos feux de détresse (warnings) et vos feux antibrouillard. Cela ne vous aidera pas forcément à mieux voir, mais cela vous rendra visible pour les autres. Réduisez votre vitesse de manière drastique, à 20 km/h maximum. Votre meilleur allié devient alors le marquage au sol. Sur la route du Volcan, des poteaux catadioptres blancs bordent la chaussée. Concentrez-vous sur le suivi de ces poteaux du côté droit de la route. Ils sont votre fil d’Ariane.

Voiture naviguant prudemment dans le brouillard épais sur la route du volcan

La règle absolue est de ne jamais s’arrêter au milieu de la chaussée. Si la situation devient trop stressante et que vous avez besoin de faire une pause, continuez à rouler très lentement jusqu’à une aire de dégagement sécurisée, comme le parking Foc-Foc ou l’aire du Nez de Bœuf. S’arrêter en pleine voie, c’est créer un danger mortel pour vous et pour ceux qui vous suivent. Le brouillard peut désorienter même les randonneurs les plus aguerris, comme le montre le témoignage d’une personne ayant aidé une touriste perdue à quelques minutes du parking, totalement paniquée par la perte de repères. La montagne ne pardonne pas l’improvisation. Pour des informations en temps réel, écouter Radio Freedom peut également s’avérer utile pour le trafic et les conditions météo.

À retenir

  • La montée de nuit n’est pas une contrainte, mais une stratégie délibérée pour s’affranchir de la foule et du brouillard.
  • La visibilité sur le cratère est une course contre la montre : l’objectif est d’être au Pas de Bellecombe bien avant 9h.
  • La préparation du retour est aussi cruciale que celle de l’aller : anticiper le brouillard et ne jamais redescendre le ventre vide.

L’erreur de redescendre le ventre vide avec les virages et l’altitude

Après une randonnée, même courte, l’organisme est fatigué et déshydraté. Entamer la longue descente du Volcan dans cet état est une erreur classique qui peut gâcher la fin de journée. Le trajet retour est long, sinueux, et l’altitude, combinée aux virages incessants, peut facilement provoquer le mal des transports, surtout si l’on a l’estomac vide. La descente représente près de 23 km de route sinueuse avec un dénivelé négatif de 1200m, un effort non négligeable pour le conducteur et les passagers.

Prévoir de quoi se restaurer n’est pas une option, c’est une nécessité de sécurité et de confort. Il ne s’agit pas de préparer un banquet, mais d’avoir un « kit anti-malaise » simple et efficace. De l’eau, en grande quantité (1 litre par personne est un minimum), est la priorité absolue. Pour l’énergie, les fruits secs, les barres de céréales ou les fruits frais sont parfaits. Les habitués ne partent jamais sans quelques encas sucrés et salés pour parer à toute éventualité.

La stratégie consiste à ne jamais laisser l’estomac crier famine. Une petite pause de 10 minutes au Pas des Sables, juste après avoir quitté la Plaine des Sables, est idéale pour se réhydrater et grignoter quelque chose avant d’attaquer la partie la plus sinueuse. Pour le conducteur, conduire avec les fenêtres légèrement entrouvertes favorise la circulation de l’air et aide à prévenir le mal des transports. Cette simple précaution, combinée à une petite collation, transforme une descente potentiellement désagréable en un trajet bien plus serein.

Votre plan d’action anti-malaise pour la descente

  1. Hydratation : prévoir au minimum 1 litre d’eau par personne et boire régulièrement, même sans soif.
  2. Carburant pour le corps : emporter des fruits secs, des barres énergétiques locales ou des bananes.
  3. Pause stratégique : s’arrêter 10 minutes au Pas des Sables ou au Nez de Bœuf pour se réhydrater avant la grande descente.
  4. Aération : conduire avec les fenêtres entrouvertes pour éviter le mal des transports lié à l’altitude et aux virages.
  5. Timing : ne jamais entamer les 23 km de descente l’estomac complètement vide après un effort physique.

Retour direct ou arrêt pique-nique à Bourg-Murat : quelle stratégie post-rando ?

Une fois la randonnée terminée et la voiture retrouvée, une question se pose : rentrer directement pour éviter le monde ou prendre le temps de se restaurer sur place ? La réponse dépend de votre état de fatigue et de l’heure. Si vous avez suivi la stratégie du départ nocturne, vous serez sur le chemin du retour en fin de matinée, bien avant le pic de trafic de l’après-midi. Vous avez donc le temps.

Plusieurs options s’offrent à vous sur la route du retour. Pour une pause rapide avec un panorama exceptionnel, l’aire de pique-nique du Nez de Bœuf est imbattable. La vue plongeante sur la Rivière des Remparts est le décor parfait pour un sandwich. Si vous cherchez un repas chaud sans trop vous éloigner, le Gîte du Volcan, situé juste avant le Pas des Sables, propose une restauration créole simple et roborative, une aubaine pour les randonneurs affamés. C’est souvent la seule option de restauration chaude dans le secteur immédiat du Pas de Bellecombe.

En descendant plus bas, vous arriverez à Bourg-Murat. C’est le point de retour à la civilisation. La Cité du Volcan est une excellente option pour une pause culturelle et pour profiter de sanitaires propres. Le village et ses alentours, notamment la Plaine des Cafres, regorgent de petits restaurants proposant un authentique carry au feu de bois. C’est sans doute la meilleure récompense après une matinée en montagne. S’arrêter pour déjeuner permet de couper la route, de se reposer et d’éviter de conduire fatigué. C’est une stratégie bien plus sécurisante qu’un retour direct le ventre vide.

Maintenant que vous détenez la feuille de route complète d’un habitué, l’ascension du Volcan n’est plus une source d’anxiété, mais une expédition stratégique que vous pouvez maîtriser. Appliquez ces conseils pour transformer votre prochaine visite en une expérience inoubliable et sereine.

Rédigé par Laurent Fontaine, Consultant en logistique de voyage et ancien gestionnaire de flotte automobile. Expert en optimisation d'itinéraires et conduite locale. 18 ans d'expérience dans le transport.