
Les trois cirques de La Réunion représentent l’essence même de cette île intense, offrant des paysages d’exception forgés par l’activité volcanique ancestrale du piton des Neiges. Ces amphithéâtres naturels, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, constituent le cœur battant de l’île où se mêlent aventure, authenticité et préservation environnementale.
Chaque cirque développe sa propre personnalité : Mafate l’indomptable, accessible uniquement à pied, Cilaos le thermal perché à 1200 mètres d’altitude, et Salazie l’exubérant aux cascades monumentales. Cette diversité géomorphologique et culturelle offre aux visiteurs une palette d’expériences uniques, depuis les trekkings techniques jusqu’aux balades familiales, en passant par la découverte du patrimoine créole et des traditions montagnardes.
La planification d’un séjour multi-cirques nécessite une compréhension approfondie des spécificités de chaque territoire. Les différences d’accessibilité, de climat, d’hébergement et d’activités influencent directement l’organisation de votre itinéraire réunionnais.
Cirque de mafate : randonnées techniques et hébergements en gîtes isolés
Mafate incarne l’authenticité absolue avec ses 700 habitants répartis dans une dizaine d’îlets pittoresques. Ce cirque, véritable sanctuaire de la randonnée, impose le respect par son isolement total et ses sentiers parfois vertigineux. L’absence de routes carrossables en fait un territoire préservé où le temps semble suspendu.
Les statistiques révèlent que Mafate accueille seulement 80 000 visiteurs annuels, un chiffre remarquablement bas comparé aux autres sites touristiques réunionnais. Cette faible fréquentation s’explique par les exigences physiques et logistiques que suppose la découverte de ce territoire exceptionnel.
Accès par le sentier du col des bœufs et descente vers la nouvelle
Le Col des Bœufs constitue la porte d’entrée la plus accessible vers Mafate, bien que le terme « accessible » reste relatif dans ce contexte montagnard. Depuis le parking surveillé (12€ la nuit), le sentier balisé descend progressivement vers le cœur du cirque sur environ 950 mètres de dénivelé négatif.
La première intersection, située après une heure de marche, offre le choix entre Marla et La Nouvelle. Les randonneurs expérimentés recommandent généralement de débuter par Marla pour optimiser l’effort physique sur l’ensemble du parcours. La descente vers La Nouvelle, plus directe, représente 2h30 de marche pour les marcheurs moyens.
D’autres accès existent depuis le Maïdo (950m de dénivelé), la Rivière des Galets (partiellement carrossable en 4×4) ou le sentier Scout depuis Salazie. Chaque itinéraire présente ses propres défis techniques et paysagers, permettant de moduler l’expérience selon votre niveau et vos objectifs.
Gîtes de montagne à marla et Grand-Place : réservations et tarifs
L’hébergement à Mafate s’organise exclusivement autour des gîtes familiaux et des tables d’hôtes tenues par les habitants locaux. Marla, perché à 1640 mètres d’altitude, propose plusieurs établissements dont celui de Madame Giroday, pionn
ière de la table d’hôtes à Marla. Comptez en moyenne entre 18 et 25 € par nuit pour un lit en dortoir, 7 à 8 € pour le petit-déjeuner et 18 à 25 € pour le dîner créole servi en grande marmite. Ces tarifs, relativement homogènes dans tout le cirque, reflètent la logistique complexe d’acheminement des denrées, souvent par hélicoptère ou à dos d’homme.
Grand-Place, accessible notamment depuis la Rivière des Galets, offre une ambiance différente, plus « village », avec plusieurs gîtes familiaux alignés autour de l’église et de la petite école. La nuitée se réserve impérativement à l’avance, en particulier pendant les vacances scolaires et la haute saison de randonnée (mai à octobre). Il n’est pas rare que certains gîtes affichent complet plusieurs semaines à l’avance, surtout les week-ends.
Prévoyez toujours du liquide : si quelques hébergeurs acceptent parfois la carte bancaire ou les virements anticipés, l’électricité fonctionne principalement sur panneaux solaires et groupes électrogènes, ce qui limite les terminaux de paiement. Vous pouvez organiser votre itinéraire de gîte en gîte comme une petite expédition, en prévoyant des étapes de 4 à 6 heures de marche par jour, adaptées à votre niveau et à la météo.
Trek du GR R2 : liaison Mafate-Cilaos par le piton des neiges
Le GR R2 est l’une des grandes traversées emblématiques de La Réunion. Il relie le nord au sud de l’île en passant par les trois cirques et le Piton des Neiges. Pour un trek itinérant, vous pouvez imaginer Mafate comme une étape forte avant de basculer vers Cilaos par le col du Taïbit, puis de poursuivre vers le sommet de l’île. Ce tronçon demande une bonne condition physique, avec des dénivelés répétés et une météo parfois changeante en haute altitude.
Depuis Marla, le sentier grimpe vers le col du Taïbit en environ 2 h à 2 h30, pour ensuite redescendre progressivement sur Cilaos. Cette liaison Mafate-Cilaos permet d’enchaîner un séjour en gîte dans Mafate avec quelques nuits en hôtel ou chambre d’hôtes à Cilaos, offrant un contraste appréciable entre rusticité montagnarde et confort thermal. Beaucoup de randonneurs choisissent de scinder ce tronçon sur deux jours pour profiter des paysages plutôt que de courir après les horaires.
Au-delà de Cilaos, le GR R2 monte vers le gîte de la Caverne Dufour, camp de base classique pour l’ascension du Piton des Neiges. En intégrant Mafate, Cilaos et le sommet dans un même itinéraire, vous obtenez une sorte de « trilogie » de la haute montagne tropicale. Il faudra toutefois penser à la logistique retour (bus, stop ou navette privée) pour regagner votre point de départ sur la côte une fois le trek terminé.
Ravines de rivière des galets et points de vue depuis le maïdo
Si vous souhaitez approcher Mafate sans vous engager immédiatement dans un trek de plusieurs jours, deux options sont particulièrement intéressantes : la Rivière des Galets et le belvédère du Maïdo. La Rivière des Galets, accessible depuis La Possession, offre une entrée progressive dans l’univers mafatais. Après un tronçon en 4×4 (navettes locales régulières, à réserver sur place), le sentier remonte la rivière vers les premiers îlets comme Aurère ou Grand-Place-les-Hauts.
Ce secteur est idéal pour une première randonnée à Mafate sur une journée ou une nuit, avec des dénivelés importants mais moins de vertige que certains sentiers suspendus. Les ravines encaissées, les passerelles et les gués donnent parfois l’impression d’évoluer dans un canyon tropical. En saison des pluies, restez cependant très vigilant : la montée des eaux peut être brutale, et certains passages deviennent impraticables, voire officiellement fermés.
Le Maïdo, quant à lui, est le belvédère panoramique le plus spectaculaire sur Mafate. Accessible en voiture depuis Saint-Paul, il permet, par temps clair, d’embrasser du regard l’ensemble du cirque et la dentelle de ses remparts. C’est une excellente option si vous voyagez avec de jeunes enfants ou des personnes peu sportives mais curieuses de voir Mafate. Pour les randonneurs aguerris, le sentier Maïdo–Roche Plate offre un plongeon physique et visuel dans le cirque, avec près de 950 m de dénivelé négatif à l’aller… et autant à remonter si vous faites l’itinéraire en aller-retour.
Cirque de cilaos : thermalisme et viticulture d’altitude à 1200 mètres
À 1 200 m d’altitude, au bout de la fameuse « route aux 400 virages », Cilaos cultive une identité de station de montagne tropicale. Le cirque se distingue par son climat plus tempéré, ses conifères qui rappellent parfois les Alpes, ses thermes et son vignoble unique dans l’océan Indien. Ici, vous pouvez enchaîner une longue journée sur les sentiers avec un bain chaud, une dégustation de vin et une promenade dans un village créole animé.
Cette combinaison de bien-être, de culture et de randonnée fait de Cilaos une base idéale pour un premier séjour en montagne à La Réunion. Que vous soyez en famille ou en mode trek, le cirque permet d’ajuster facilement le niveau d’engagement physique, de la simple balade à l’ascension du Piton des Neiges. L’offre d’hébergement y est également plus variée qu’à Mafate, avec hôtels, chambres d’hôtes et meublés touristiques.
Sources thermales du centre thermal et propriétés thérapeutiques
Les sources de Cilaos sont exploitées depuis le XIXe siècle, lorsque l’on a découvert les vertus de ces eaux chaudes riches en oligo-éléments. Le Centre Thermal de Cilaos propose aujourd’hui des cures médicales encadrées (rhumatologie, affections digestives, surpoids) mais aussi des soins de bien-être accessibles à la journée. Après une randonnée exigeante, un parcours d’hydrothérapie ou un bain à remous sous varangue vitrée a un effet presque magique sur la récupération musculaire.
Les eaux de Cilaos sont réputées pour leur faible teneur en sodium et leur richesse en calcium et magnésium, ce qui en fait aussi une eau de boisson appréciée. Plusieurs fontaines publiques permettent d’ailleurs de remplir ses gourdes avant d’attaquer un sentier. Pensez néanmoins à vérifier les horaires et périodes d’ouverture du centre thermal, qui peut fermer temporairement pour travaux ou maintenance, surtout hors saison.
Si vous voyagez en famille ou si tout le monde ne souhaite pas randonner, les thermes offrent une alternative agréable pendant que les plus sportifs s’élancent vers le Piton des Neiges ou la Chapelle. On peut facilement imaginer une journée « mixte » où certains partent tôt sur les sentiers pendant que d’autres profitent d’un massage ou d’un soin, avant de se retrouver le soir autour d’un bon cari.
Vignoble du chai de cilaos et dégustation des cuvées isabelle
Autre particularité de Cilaos : son vignoble de montagne, planté sur des petites parcelles en terrasses. Le Chai de Cilaos, seul chai coopératif de l’île, vinifie plusieurs cuvées issues de cépages adaptés à l’altitude, dont le fameux Isabelle, longtemps controversé en Europe. Ce cépage américain, réputé pour ses arômes foxés, reste aujourd’hui surtout l’affaire des productions familiales, mais il fait partie de l’histoire viticole du cirque.
Au chai, vous pouvez participer à une dégustation commentée et découvrir des vins blancs et rosés secs ou légèrement moelleux, plus classiques que les productions d’antan à base d’Isabelle. Les rendements modestes, les fortes pentes et le climat montagnard donnent des vins atypiques, parfois déroutants mais qui valent le détour pour leur caractère. Ne vous attendez pas à un grand cru de métropole : ici, l’expérience tient autant au contexte, à la vue sur les remparts et à la rencontre avec les vignerons qu’au contenu du verre.
Pour compléter la découverte, plusieurs sentiers faciles traversent les zones viticoles autour du bourg. Une balade en fin de journée, entre vignes et lentilles, avec les sommets qui rosissent au coucher du soleil, permet de mesurer à quel point l’agriculture de montagne structure le paysage de Cilaos. Vous pouvez même combiner dégustation au chai et dîner dans un restaurant local proposant accords mets-vins avec cari de volaille ou poisson des Hauts.
Ascension du piton des neiges depuis cilaos : itinéraire technique
Le Piton des Neiges, toit de l’océan Indien à 3 071 m, se gravit principalement depuis Cilaos par le « sentier du Bloc ». Cet itinéraire, bien balisé mais soutenu, cumule environ 1 700 m de dénivelé positif. La majorité des randonneurs choisissent de le réaliser en deux jours : montée jusqu’au gîte de la Caverne Dufour (2 470 m) le premier jour, puis ascension finale de nuit pour assister au lever du soleil au sommet.
La montée depuis le Bloc jusqu’au gîte demande entre 3 h30 et 5 h selon votre condition. Le sentier alterne marches rocheuses, passages en sous-bois et tronçons plus minéraux, avec très peu de replat. Passer la nuit au gîte nécessite une réservation très anticipée, notamment pendant l’hiver austral (juin à septembre), période la plus stable côté météo. Le confort y est sommaire (dortoirs, sanitaires communs), mais l’ambiance de refuge de haute montagne est au rendez-vous.
Le second jour, on quitte généralement le gîte entre 3 h et 4 h du matin pour avaler les 600 derniers mètres de dénivelé. Le sommet, souvent caressé par les nuages dès la fin de matinée, offre par temps clair un panorama exceptionnel sur les trois cirques et le Piton de la Fournaise. Cette randonnée technique reste accessible à un randonneur en bonne condition, bien équipé et attentif à la météo, mais elle n’a rien d’une simple promenade : chaussures de montagne, vêtements chauds, lampe frontale et réserve d’eau sont indispensables.
Village de cilaos : architecture créole et artisanat des broderies
Le bourg de Cilaos mérite à lui seul quelques heures de flânerie. Son église au clocher pointu, ses villas créoles aux varangues fleuries et ses ruelles bordées de cryptomérias composent un décor de petite station montagnarde. Tout se concentre autour de la rue principale, où boutiques de souvenirs, cafés et boulangeries créent une ambiance conviviale, surtout le week-end et les jours de marché.
Cilaos est aussi le berceau des fameuses « jours de Cilaos », une technique de broderie fine arrivée au XIXe siècle. Un petit atelier-musée permet d’observer les brodeuses à l’œuvre et d’acheter nappes, napperons ou pièces plus contemporaines. Cet artisanat fragile symbolise bien le lien entre patience, minutie et identité cilaosienne : un peu comme les sentiers taillés dans la montagne, chaque point demande du temps.
Autour du village, la Mare à Joncs offre une promenade paisible au bord de l’eau, avec pédalos, snacks et aires de pique-nique. C’est un bon spot pour finir la journée après une boucle à la Roche Merveilleuse ou une sortie canyoning à Fleurs Jaunes. Si vous disposez de peu de temps, il est tout à fait possible de découvrir l’essentiel de Cilaos en une journée depuis la côte, en combinant route panoramique, balade courte et immersion dans le village.
Cirque de salazie : cascades monumentales et patrimoine thermal historique
Plus humide, plus verdoyant, plus facilement accessible que Cilaos et Mafate, le cirque de Salazie séduit par son exubérance. Ici, la végétation tropicale grimpe à l’assaut des remparts, les parois sont striées de cascades et les villages créoles conservent une atmosphère hors du temps. C’est le cirque idéal pour une excursion à la journée depuis le nord ou l’est de l’île, mais aussi une base intéressante pour rayonner vers Mafate par le col des Bœufs.
En suivant la route de la Rivière du Mât depuis Saint-André, vous entrez progressivement dans l’univers salazien. Le Pisse-en-l’Air, puis la cascade Blanche et le Voile de la Mariée ponctuent la montée de tableaux aquatiques spectaculaires. Même sans randonner, vous pouvez profiter de nombreux points de vue accessibles en bord de route, ce qui en fait un terrain de jeu parfait pour les familles ou les voyageurs qui veulent doser leurs efforts.
Patrimoine créole et héritage thermal à Hell-Bourg
Hell-Bourg, classé parmi les « Plus Beaux Villages de France », constitue le joyau patrimonial de Salazie. Ancienne station thermale fréquentée par la bourgeoisie coloniale, le village aligne maisons créoles restaurées, jardins luxuriants et kiosques à guétali, ces petits pavillons où l’on observait jadis la rue en toute discrétion. Se promener dans ses ruelles, c’est un peu comme feuilleter un album photo du XIXe siècle.
Les anciens thermes, aujourd’hui en ruine, rappellent l’importance passée de l’activité thermale dans le cirque. Un sentier facile relie le centre du village à ce site chargé d’histoire, en longeant des bassins et des canaux envahis par la végétation. La Maison Folio et la Maison Morange complètent cette immersion culturelle : la première plonge dans l’art de vivre créole et ses jardins d’essences rares, la seconde explore la musique et les instruments de l’océan Indien.
Hell-Bourg constitue également un point de départ stratégique pour plusieurs randonnées, dont la montée vers le plateau de Bélouve et le légendaire point de vue sur le Trou de Fer. Vous pouvez ainsi combiner, sur une même journée, patrimoine bâti le matin et immersion en forêt primaire l’après-midi, ou inversement selon la météo.
Randonnées vers bélouve, trou de fer et cols vers mafate
Le secteur Bélouve–Trou de Fer condense à lui seul l’image de la forêt tropicale de montagne réunionnaise. Depuis Hell-Bourg, un sentier de difficulté moyenne grimpe vers le gîte de Bélouve en environ 3 h, à travers une végétation de plus en plus dense : fougères arborescentes, mousses, orchidées et tamarins des Hauts se disputent la lumière. Une variante plus courte est possible en montant en voiture jusqu’au parking de Bélouve depuis la Plaine-des-Palmistes.
Depuis le gîte, une boucle mène jusqu’au belvédère du Trou de Fer, ce gouffre vertigineux dans lequel se jettent plusieurs cascades. Par temps dégagé, le spectacle est saisissant, mais les nuages se lèvent vite : l’idéal reste de partir tôt le matin. Les sentiers peuvent être très boueux, surtout après plusieurs jours de pluie, ce qui rend un bon équipement (bâtons, chaussures étanches) encore plus indispensable qu’ailleurs.
Au fond du cirque, la route se termine à Grand-Îlet, au pied des cols menant vers Mafate (col des Bœufs) et vers le Piton des Neiges (via la Caverne Dufour en longue journée). Ces passages entre cirques sont comme des portes naturelles, permettant de concevoir des itinéraires multi-jours combinant Salazie, Mafate et Cilaos. Encore une fois, la météo joue un rôle clé : brouillard et pluie peuvent rapidement réduire la visibilité et transformer le sol en véritable patinoire.
Géomorphologie volcanique des trois cirques d’effondrement réunionnais
Comprendre la genèse des cirques de Mafate, Cilaos et Salazie permet de mieux appréhender leurs différences actuelles. Tous trois résultent d’un même processus : l’effondrement progressif des flancs du Piton des Neiges, associé à une intense érosion par les pluies tropicales. Imaginez un gigantesque gâteau volcanique dont des parts entières se seraient affaissées, avant d’être sculptées par des milliers de torrents.
Mafate, le plus fracturé, présente des reliefs très déchiquetés, avec des ravines profondes et des crêtes acérées. C’est cette topographie extrême qui a rendu le cirque si difficile d’accès et en a fait un refuge pour les esclaves marrons. Cilaos, plus ouvert vers le sud, offre davantage de plateaux intermédiaires, propices à l’implantation de villages comme Bras-Sec ou l’îlet à Cordes. Salazie, orienté vers les alizés humides, a vu ses versants se couvrir d’une végétation très dense, nourrie par des précipitations parmi les plus élevées au monde.
Ces différences géomorphologiques influencent directement le type de randonnées, la présence de cascades, la nature des sols et même les cultures agricoles possibles. À Cilaos, les terrasses accueillent lentilles et vignes ; à Salazie, les pentes abritent chouchous et bananiers ; à Mafate, les îlets cultivent surtout des jardins vivriers adaptés à l’isolement. Pour le randonneur, c’est un peu comme passer d’un massif alpin à un canyon andin puis à une jungle tropicale, sans jamais quitter la même île.
Logistique de transport : navettes Kar’Ouest et planification multi-cirques
Organiser un séjour combinant Mafate, Cilaos et Salazie suppose de bien maîtriser la logistique des déplacements. Les routes de montagne sont sinueuses, les temps de trajet se rallongent vite, et les transports en commun, bien que présents, restent moins fréquents qu’en métropole. Anticiper vos déplacements peut faire la différence entre un itinéraire fluide et une journée perdue à attendre un bus.
Sur la côte ouest, le réseau Kar’Ouest dessert plusieurs points d’accès clés, notamment la route menant au Maïdo et la Rivière des Galets pour Mafate. Sur le littoral sud et est, d’autres réseaux (Citalis, Alternéo, Estival, etc.) complètent l’offre, permettant de rallier Saint-Louis pour Cilaos ou Saint-André pour Salazie. Il est judicieux de télécharger les horaires à jour avant votre départ, car ils peuvent évoluer en fonction des jours de semaine, des vacances scolaires ou des travaux routiers.
Pour un itinéraire multi-cirques, une approche efficace consiste à choisir une base sur la côte (par exemple Saint-Gilles ou Saint-Leu) et à organiser des excursions à la journée ou sur deux jours vers chaque cirque. Si vous prévoyez une traversée en trek (GR R2 ou boucles combinées), pensez au retour : aurez-vous besoin d’un taxi, d’une navette privée ou d’une combinaison de bus ? Certains hébergeurs de montagne peuvent vous aider à organiser ces transferts, parfois en mutualisant les coûts avec d’autres randonneurs.
La voiture de location reste la solution la plus flexible, surtout si vous voyagez en famille ou avec du matériel de randonnée conséquent. Toutefois, stationner plusieurs jours à un même endroit peut poser des questions de sécurité : privilégiez les parkings surveillés (comme au col des Bœufs) ou les hébergements proposant un stationnement sécurisé. Dans tous les cas, évitez de laisser des objets de valeur dans le véhicule et informez-vous sur l’état des routes de montagne avant de partir.
Équipement technique pour randonnées en haute montagne tropicale
La Réunion cumule les spécificités : relief alpin, climat tropical, pluies intenses, chaleur parfois écrasante, et fraîcheur marquée la nuit en altitude. S’équiper correctement est donc essentiel pour randonner en sécurité dans les cirques de Mafate, Cilaos et Salazie. On peut résumer la règle de base ainsi : penser « quatre saisons en une journée ». Vous partez souvent en T-shirt, mais vous pouvez finir sous la pluie en polaire et coupe-vent.
Au minimum, prévoyez des chaussures de randonnée à tige moyenne ou haute, avec une bonne accroche sur terrain humide. Les sentiers réunionnais sont souvent composés de racines, marches rocheuses et boue, surtout à Salazie et Mafate. Une paire de bâtons de marche limite la fatigue sur les longues descentes et aide à franchir les gués de rivière. Ajoutez un sac à dos de 20 à 30 l pour la journée, 30 à 40 l si vous partez en itinérance avec nuit en gîte.
Côté vêtements, l’idéal est le système en couches : T-shirt respirant, polaire légère, coupe-vent imperméable. N’oubliez pas un bonnet ou un buff et des gants fins pour les départs de nuit vers le Piton des Neiges : à plus de 3 000 m, la température peut descendre proche de 0 °C même en saison sèche. À l’inverse, un chapeau, une casquette, des lunettes de soleil catégorie 3 et une bonne crème solaire sont indispensables en journée, particulièrement dans Mafate où de nombreux tronçons de sentier sont à découvert.
Enfin, l’hydratation et la gestion de la nourriture sont cruciales. Prévoyez 1,5 à 2 l d’eau par personne pour une randonnée à la journée, davantage en cas de forte chaleur ou d’effort prolongé. Dans Mafate, vous pourrez souvent remplir vos gourdes dans les gîtes ou aux robinetteries, mais mieux vaut ne pas compter uniquement dessus. Côté alimentation, misez sur des encas à forte densité énergétique (fruits secs, barres céréales, biscuits) pour garder du carburant tout au long de la randonnée.
En combinant cet équipement avec une bonne préparation (consultation de la météo, repérage des itinéraires, réservation des hébergements), vous mettez toutes les chances de votre côté pour profiter sereinement des cirques de La Réunion. Ces amphithéâtres naturels restent des milieux de haute montagne, même sous les tropiques : les aborder avec respect et prudence n’en rendra l’expérience que plus mémorable.